Les Traditions avec Pierre

Les traditions dans le tir à l’arc

Le salut à la première flèche

Une Compagnie de Tir à l’Arc se distingue du club sportif affilié FFTA par son attachement à perpétuer la tradition des confréries du Moyen-âge.
Ces traditions sont :

•    des titres ou grades donnés à certains membres de la compagnie,
•    des tirs traditionnels (par ex Abat l’oiseau ou Tir du Roy) effectués chaque année,
•    une politesse obligatoire, sur les pas de tir comme ailleurs,
•    le salut à la première flèche

Certaines traditions ont deux origines : la Sécurité et la Courtoisie (autrement dit, Politesse). L’origine du salut à la première flèche semble être a priori liée à la Courtoisie; il existe ainsi quelques autres sports où les participants esquissent un salut : escrime, boxe française, les arts martiaux orientaux etc.

Pour le tir à l’arc, c’est en fait surtout lié à un besoin sécuritaire, issu de la topographie des jeux d’arc  Beursault. Le Beursault est un tir typiquement français, nécessitant deux cibles se faisant face, situées à environ 50m l’une de l’autre, durant lequel on tire alternativement une flèche dans chaque direction, en aller-retour (ou halte).

Il est alors absolument impératif de tirer sa première flèche depuis la cible dite « Butte maitresse » vers la cible dite « Butte d’attaque ». Comme la cible située sur la butte d’attaque peut être plus ou moins masquée par de la végétation, lorsqu’un archer est prêt à tirer sa première flèche il doit saluer en disant “archer je vous salue” ou bien « mesdames, messieurs, je vous salue », de voix forte. Ce salut alerte les tireurs qui pourraient se trouver autour de la butte d’attaque en les prévenant qu’une flèche est susceptible d’arriver dans leur voisinage dans un délai très bref.

Lors de la saison d’hiver, pour un tir en salle, le salut est conservé, au titre de la Courtoisie.

Grades dans les compagnies

Quand un club FFTA se constitue en compagnie, ses membres se répartissent en 3 groupes : Chevaliers, Archers et Aspirants.

En rejoignant un club constitué en compagnie, le nouvel archer a le grade d’Aspirant. Noter la différence entre archer (pratiquant du sport) et Archer (avec majuscule) (grade en compagnie, intermédiaire entre Aspirant et Chevalier).

Sur décision du conseil de compagnie (les Archers et les Chevaliers), un Aspirant peut se voir proposer de passer au grade d’Archer, proposition qu’il a loisir d’accepter ou de décliner.
Sur décision du conseil des Chevaliers, un Archer peut se voir proposer de passer au grade de Chevalier, qu’il a également loisir d’accepter ou de refuser.

Dans les Rondes et Familles de France (nom des regroupements des compagnies – entre 10 et 20) ces nominations restent internes aux compagnies.

Dans la Famille des Yvelines, à laquelle appartient la compagnie de Guyancourt, les Archers présentés sont acceptés sans discussion par la Famille, les Chevaliers proposés entrent en une année probatoire et sont acceptés formellement l’année suivante.

L’Aspirant est nommé Archer lors d’une réunion privée, uniquement entre Archers et Chevaliers. L’Archer est reçu Chevalier lors d’une réunion privée, uniquement entre Chevaliers.
Dans la Famille des Yvelines, les Archers reçoivent une dague, un pin’s et un écusson.
Les Chevaliers reçoivent une épinglette, une cravate, une épée et une écharpe. L’épinglette est commune aux Chevaliers de France – le reste est spécifique de la Famille des Yvelines.
Les Chevaliers nouvellement reçus peuvent devenir membres de la Famille sans attendre.
La cérémonie de remise des insignes a lieu une fois par an, dans une église. Elle est largement ouverte au public. Elle regroupe tous les Archers et Chevaliers distingués dans l’année et a lieu en mars ou avril.
C’est une des compagnies de la Famille qui se porte volontaire pour convaincre un prêtre d’autoriser la cérémonie dans son église.

Titres dans les compagnies

Outre les Grades (Aspirants, Archers et Chevaliers), les compagnies d’Arc sont susceptibles de conférer des titres honorifiques. Les personnes ayant reçu ces titres s’appellent des Dignitaires
•    Connétable – Peut être nommé “Connétable” par le Conseil de Compagnie tout membre actif ou honoraire, en raison de la situation personnelle qu’il occupe ou en témoignage de reconnaissance pour services rendus. C’est un titre purement honorifique, conservé à vie, que le détenteur soit ou non dans la Compagnie.
Outre les Connétables de Compagnie, les Rondes ou Familles peuvent nommer des Connétables à leur niveau. Ils sont alors Connétables de Ronde ou de Famille. Le Connétable (quel qu’il soit) porte une écharpe violette.

Exemple de membre honoraire : il est assez fréquent qu’une compagnie octroie une écharpe violette de Connétable au maire ou à l’adjoint au maire chargé des sports si la personne a rendu de gros services (on pense à de copieuses subventions) à la compagnie

•    Un Empereur – gagne le titre d’Empereur, celui qui est proclamé Roy pendant trois années consécutives dans la Compagnie. C’est un titre qu’il conserve dans la Compagnie tant qu’il y reste. S’il la quitte, il perd ce titre. Le titre est cumulable avec d’autres.
L’Empereur porte une écharpe verte.

•    Un Roy – gagne le titre de Roy de la Compagnie l’archer adulte qui abat l’oiseau au cours du tir annuel prévu à cet effet. (l’oiseau est réalisé par le Roy de l’année précédente, en matériau ferme sans être trop dur et d’une taille .comprise entre petite et grosse boite d’allumettes) (taille typique 1 pouce ½ sur 2 pouce ½ environ). Le Roy conserve son titre jusqu’au tir de l’année suivante. S’il n’est pas Officier de la Compagnie, le Roy est néanmoins convié aux réunions au cours desquelles il a voix consultative. Le Roy porte une écharpe rouge.

•    Un Sébastien – est nommé Sébastien de la compagnie l’archer qui tire la meilleure flèche lors du tir traditionnel de la St Sébastien (Aux alentours du 20 janvier, jour de la fête du Saint) le Sébastien porte une écharpe blanche.

Outre ces titres ayant une existence multiséculaire, des nouveaux titres ont été créés dans les temps modernes

•    Un Grand Poussin
: c’est la vainqueur du tir des très jeunes, se déroulant au jardin, en même temps que le tir du Roy. Le Grand Poussin porte une écharpe jaune.

•    Un Roitelet : c’est le vainqueur du tir à l’oiseau, se déroulant au jardin, en même temps que le tir du Roy, réservé aux jeunes et aux débutants. Le Roitelet porte une écharpe rouge.

Il existe aussi des écharpes de Dauphin et de Bouffon ; elles sont rares et obéissent à des règles d’attribution différentes selon les compagnies.

Noter que les titres ne se mettent pas au féminin (jusqu’à une évolution récente émise par l’Académie Française) – ils sont (étaient) considérés comme étant du genre neutre, qui existe en français, toujours de la même forme grammatical que le masculin, Officiers de Compagnie.

Le club, association Loi 1901 pour activités socio-culturelles, excluant les associations politiques, syndicales ou religieuses possède un bureau constitué d’un minimum légal de 3 membres ; Président, Secrétaire et Trésorier

L’organisation en Compagnie possède également un bureau, le conseil de Compagnie, dont les membres en sont les Officiers.
La Compagnie est constituée des Chevaliers et des Archers (il faut que ces personnes, outre avoir le grade, soient à jour de leur cotisation et inscrites au club en première compagnie).
Le Capitaine, les Lieutenants et le Prévost (appelé parfois Censeur ou Procureur) sont obligatoirement Chevaliers. Ils sont élus par les Chevaliers.
Les autres officiers peuvent être Chevaliers ou Archers et sont élus par l’ensemble des membres de la Compagnie.
Le cumul de fonction est autorisé

Autrefois, le chef de la Compagnie était le Connétable. Le titre étant devenu purement honorifique et pouvant être attribué à un non-pratiquant, il n’est plus catalogué comme Officier de la Compagnie, mais comme dignitaire.

Sont Officiers ;

Un Capitaine, avoir un Capitaine est une obligation pour une compagnie ; c’est lui le chef.
Élu par les Chevaliers, il porte une écharpe bleue

Un premier Lieutenant présence facultative – c’est le numéro 2, pas d’écharpe distinctive

Un second lieutenant : présence également facultative (ne se justifie que si la compagnie comporte beaucoup de membres)

Un sous-lieutenant (ou Enseigne) Porte-drapeau : avoir un porte-drapeau est obligatoire – la compagnie peut élire un Archer ou un Chevalier à titre permanent ou bien désigner une personne différente à chaque occasion (le Porte-drapeau permanent est fortement conseillé).

Un Greffier (ou secrétaire) – Il est le détenteur du registre de la compagnie.

Un Trésorier – c’est le détenteur du tronc (la tirelire de la compagnie), dans lequel on verse des contributions volontaires ou bien des amendes

Un Prévost (Censeur ou Procureur) – Il est le garant du respect des règles. Son rôle n’est pas punitif mais pédagogique (le terme « Prévost » est de ce fait préférable, n’ayant pas la connotation punitive des deux autres). Lorsqu’il constate une faute, il doit expliquer en quoi il s’agit d’une faute. Ce n’est que si le fautif, malgré plusieurs explications, ne modifie pas son comportement qu’on lui présente le Tronc (tirelire de la Compagnie)
Le Prévost est également l’arbitre en cas de conflit lié à la présentation du Tronc

LE BOUQUET

Le « Bouquet» est avant toute chose un très grand rassemblement d’archers et un concours de tir à l’arc.

Au Moyen-âge

Lorsque les seigneurs ne faisaient pas la guerre ils se défiaient dans de virils tournois et les Archers faisaient de même.

Lorsqu’une ville désirait se mettre en valeur, elle mettait en jeu des prix très importants qui attiraient de très loin de nombreuses Compagnies.

Le gouverneur de la province, les échevins et les responsables de villes présidaient et assistaient à la plus part des cérémonies.

Le 1er jour du rassemblement, les compagnies visiteuses étaient accueillies à la porte principale de la ville, puis allaient sur la place principale. Chacune d’elles arrivait précédée de ses officiers et de sa musique.

Lorsque toutes les Compagnies étaient réunies sur la place, elles se rendaient à la messe solennelle, suivie dans la journée de la parade dans les grandes rues de la ville.

Le concours pouvait alors commencer et c’était le personnage le plus haut placé socialement qui avait l’honneur de tirer le premier.

A la fin du concours, on procédait à la remise des prix et la compagnie à laquelle appartenait le vainqueur recevait en dépôt un bouquet qui obligeait sa compagnie à organiser un concours l’année suivante. La population participait activement en décorant les maisons et en édifiant des arcs de triomphe pour manifester sa reconnaissance aux archers qui assuraient sa défense en cas de conflit.

Aujourd’hui

Les difficultés d’organisation sont telles que peu de compagnies se portent candidates.

La journée du Bouquet Provincial commence très tôt pour les archers de la compagnie organisatrice, ils vont accueillir (en général à la mairie) les compagnies qui se sont déplacées. C’est le salut des drapeaux. Chaque « drapeau » ou « bannière » vient, en effet, saluer le drapeau de la compagnie organisatrice. On remet à chaque drapeau un petit carton (sur lequel figure un numéro), physiquement accroché au mat du drapeau Ce numéro d’ordre donne la place de la compagnie dans la parade.

Avant le départ de la parade, les jeunes filles de la ville qui avait organisé le bouquet l’année précédente viennent offrir aux jeunes filles de la ville organisatrice le bouquet qu’elles détenaient.

La parade du Bouquet peut commencer. Des musiques et fanfares sont réparties dans le cortège qui traverse la ville décorée et se rend jusqu’au lieu où sera célébrée la Grand Messe du Bouquet. Celle-ci marque la fin de la cérémonie officielle, et l’après-midi est généralement réservé à une grande fête populaire.

Il est possible qu’à cause de contraintes administratives, la parade ait lieu dans l’après-midi. Le déroulement reste le même

Le Beursault

Le Beursault est un style de tir typiquement français et même très localisé à la Picardie et l’Ile de France.
C’est un style qui a pour origine l’entrainement des archers dans leurs anciennes missions de gardien de l’ordre dans les villes et de fantassins dans les troupes royales.

Le terrain de Beursault (le jeu d’arc) est composé de deux cibles se faisant face, situées à 50m environ (dixit le règlement), chacune abritée dans une petite construction, genre abri de jardin ou en maçonnerie plus élaborée si la compagnie en a les moyens.

On tire une seule flèche depuis la cible A vers la cible B. Le trajet parcouru par la flèche est isolé du monde extérieur par des palissades verticales (appelées gardes), de façon à ce que les flèches n’aillent pas en dehors du terrain. Il y a aussi des protections pour empêcher la flèche de passer au-dessus de la cible.

On tire donc une seule flèche, puis on passe de l’autre côté des gardes, on marche jusqu’à la cible B et on y récupère sa flèche. De là, on tire la flèche vers la cible A et ainsi de suite. Un aller-retour s’appelle une halte. Les tirs Beursault les plus fréquents se font sur 20 haltes, soit 40 flèches tirées.

Le tir en aller-retour permettait de se mettre dans des conditions atmosphériques réelles de combat où la position du soleil, la vitesse et la direction du vent sont ce qu’elles sont.

Le blason s’appelle la carte Beursault Il est fait de cercles, de disques et d’anneaux noirs sur fond blanc. L’origine guerrière du Beursault se retrouve dans certaines dimensions :
Le centre de la carte doit être placé à 1m du sol, hauteur censée correspondre à celle du nombril d’un fantassin de l’époque (debout).
Le cercle extérieur a un diamètre de 450mm, largeur supposée d’un fantassin de l’époque
Le cercle central a un diamètre de 130mm largeur supposée du cœur d’un fantassin de l’époque
Contrairement aux disciplines sur cibles (anglaise ou campagne) au Beursault, le cordon est défavorable, sauf sur le petit disque central noir, à l’intérieur du cercle central.

Outre un espace adapté et sécurisé pour que les flèches ne puissent pas sortir du jeu d’arc, le tir Beursault exige une grande discipline de la part des pratiquants. En compétition, ceux-ci sont groupés par 5 (plus rarement 6) : ils constituent alors un peloton. Ils doivent définir leur ordre de tir et s’y tenir rigoureusement pendant toutes les haltes de la compétition.

Le premier tireur lâche sa flèche, passe de l’autre côté des gardes et se dirige vers l’autre cible. Le second prend place, tire et se dirige aussi vers l’autre cible. Ainsi, les archers (sauf le dernier du peloton) sont susceptibles de se faire doubler par des flèches pendant qu’ils marchent ou bien d’être à quelques mètres de la cible quand les flèches les atteignent
Lors d’un premier Beursault, c’est assez impressionnant.

Pierre ROSINGER